Parce que dans les boites de scrutin, il n'y a pas assez de place pour la justice et la dignite (Toronto, le 21 janvier 2006)

[Le texte ci-dessous provient d'un tract qui a été distribué lors d'un rassemblement endossé par Solidarité sans frontières de Montréal, à l'extérieur des bureaux électoraux de Joe Volpe ce samedi le 21 janvier 2006. Plus de 50 membres de Solidarité sans frontières, dont la plupart ont participé à la marche Personne n'est illégal sur Ottawa (du 18 au 25 juin) ont fait le voyage de Montréal à Toronto.]

MISE-À-JOUR: PHOTOS DE LA MANIFESTATION " UN STATUS POUR TOUS ET TOUTES" À TORONTO

-- PARCE QUE DANS LES BOÎTES DE SCRUTIN, IL N'Y A PAS ASSEZ DE PLACE POUR LA JUSTICE ET LA DIGNITÉ

-- POURQUOI NOUS SOMMES ICI

Nous sommes Solidarité sans frontières, un réseau montréalais formé de groupes autogérés de réfugié(e)s, d'immigrant(e)s et de leurs ami(e)s et allié(e)s. Cet été, du 18 au 25 juin 2005, nous avons marché, pas à pas, les quelque 200 kilomètres qui séparent Montréal d'Ottawa. Des quartiers immigrants de Montréal jusqu'à la Colline parlementaire à Ottawa, nous avons marché parce que nous refusons d'êtres invisibles et nous refusons d'ête réduit(e)s au silence.

Nous avons traversé les terres des peuples Mohawk et Algonquin et avons publiquement appuyé leurs aspirations de souveraineté et d'auto-détermination.

Nous avons marché en appui à nos principales revendications, qui sont les suivantes:
1) la régularisation de toutes les personnes sans statut au Canada;
2) la fin des détentions et des déportations de migrant(e)s; et
3) l'abolition des certificats de sécurité racistes.

Nous avons marché parce que des centaines de milliers de personnes vivent au Canada sans statut. Ces personnes - ce sont nos ami(e)s, nos collègues de travail, nos camarades de classe et nos voisin(e)s - forment le tissus social, économique et culturel des villes comme Montréal, Ottawa, Toronto et Vancouver. Sans statut, étiquetés comme étant «illégaux» ou
«illégales», des milliers d'(im)migrant(e)s sont contraints de vivre dans la pauvreté, sans accès suffisant aux soins de santé ou à l'éducation, dans la crainte perpétuelle de la détention ou de la déportation, tout cela en vivant l'exploitation la plus sévère sur le marché du travail.

Nous avons marché à l'occasion du dixième anniversaire de la marche «Du pain et des roses» contre la pauvreté, organisée par des groupes de femmes du Québec. Nous avons marché à l'occasion du 70ème anniversaire du «On-to-Ottawa Trek», organisée par des travailleurs et travailleuses au chômage, à l'époque de la Grande Dépression. Nous avons suivi dans les pas
de ces efforts courageux du passé pour la justice économique et sociale.

Nous avons marché parce qu'un être humain «illégal» n'existe pas, seulement des lois injustes et des gouvernements illégitimes.

Notre Marche est directement inspirée de Shamim Akhtar, une demandeuse du statut de réfugié d'origine pakistanaise et membre active de Solidarité sans frontières. Shamim a initialement proposé l'idée d'une Marche de réfugié(e)s sur Ottawa lors de l'été 2003. Malheureusement, Shamim et sa famille (y compris ses 4 enfants) ont été déportés à l'été 2004 et n'ont pu participé à la marche.

Presque un an plus tard, nous avons marché en pensant à Shamim ainsi qu'à tous nos autres ami(e)s et allié(e)s qui ont été déporté(e)s, détenu(e)s, forcé(e)s à vivre clandestinement ou forcé(e)s à trouver refuge dans des sanctuaires : Wendy Maxwell, Sergio Loreto, la famille Cordoza, la famille Daschevi, Zahoor Hussein, Fahim Kayani, Tilo Johnson, Daniel et Irina
Isakov, Mohamed Cherfi, Ahmed Nafaa, Ahmed Abdel Majeed, Faraz Abu Zimal, la famille Ibad, la famille Butt, la famille Syed, Kader Belaouni, la famille Arellano-Diaz, Khursheda Khanam, Dawood Khan, Eduardo Perez, Gorka Salazar, Mourad et Nadia, la famille Vega, la famille Borja, la famille Ayoub, la famille Ayele, Sanya Pecelj, Samsu Mia, Amir Kazemian, Kobra et
Hassan, Adrian Dragan, Mohammad Mahjoub, Mahmoud Jaballah, Hassan Almrei, Mohamed Harkat, Adil Charkaoui et beaucoup, beaucoup trop d'autres.

Avant de prendre la décision de marcher jusqu'à Ottawa, nous avons écrit des centaines de lettres, récolté des milliers de signatures et organisé plus d'une douzaine de rassemblements et de manifestations. Nous avons combattu avec succès des déportations et des détentions, mais vons aussi vu des membres de nos familles et des ami(e)s arrachés de nos vies pour
toujours.

Malgré nos efforts, Joe Volpe, Ministre de l'Immigration, a complétement ignoré cette marche historique. Par son inaction, Joe Volpe a démontré tout son mépris à l'égard des droits des immigrant(e)s et des réfugié(e)s.

Aujourd'hui à Toronto, plus de six mois après notre départ du centre-ville de Montréal pour un voyage collectif chez les décideurs politiques de la capitale, notre marche continue. Nous nous joignons à nos alliés de Toronto, des groupes dévoués tels que Personne d'est illégal, Justicia pour les travailleurs et les travailleuses immigrant(e)s, la Campagne pour mettre fin aux procès secrets, Toronto Action for Social Change, SIKLAB, OCAP-Immigration ainsi que plusieurs autres.

Il y aura sans doute plusieurs autres défis suivant cette élection, peu importe la personne qui prétendera exercer un pouvoir sur nos vies. Toutefois, aujourd'hui, deux jours avant les élections, nous tenons Joe Volpe responsable de son ignorance de la réalité des personnes sans-statut au Canada. Nos actions ne sont jamais accomplies en vain: elles sont le résultat de notre réalité vécue en tant qu'immigrant(e)s et réfugié(e) et on doit faire en sorte que Joe Volpe le comprenne.

Pour toutes les détentions arbitraires, pour toutes les déportations sommaires, pour chaque minute passée en prison sans accusation et sans procès, pour chaque journée angoissante et déshumanisante passée à attendre le statut - pour tous les jours, tous les mois toutes les années que le gouvernement nous a volés - nous continuerons à marcher et à lutter pour la dignité et la justice. Ensemble, nous reprendrons le temps qui nous a été volé.

-- SOLIDARITÉ SANS FRONTIÈRES MONTRÉAL --
514-859-9023 -- sansfrontieres@resist.ca
www.solidaritesansfrontieres.org